Droits de Sit-in et manifestation: les Sénégalais ont plus de droits à Florence (Italie) qu’à Dakar

Notre système démocratique est loin d’être parfait. Il est cependant cité en exemple dans une Afrique où les institutions sont malmenées par des dirigeants qui se font peu de soucis de leur respect. Il en va de même des libertés fondamentales souvent garanties par les Constitutions. L’exception, en la matière, devient souvent la règle.

Malheureusement, le système démocratique sénégalais, à l’épreuve du temps, donne des signes évidents d’obsolescence.

La séparation des pouvoirs est un vain mot, l’Exécutif est le seul qui soit vraiment déterminant, tous les autres n’existant que d’une façon formelle.
De cette réalité découle une autre, l’administration et la Justice deviennent ainsi assujetties. Ainsi, tout dépend de la volonté de celui qui est détient le pouvoir suprême. Sa volonté fait office de loi. S’il décide d’en abuser, seule une volonté ferme du peuple, comme cela a été le cas le 23 juin 2011, peut l’en dissuader.
Malheureusement, le jeu électoral est devenu le terrain glissant sur lequel cette démocratie trébuche. Le désir d’être réélu pour certains et d’être élus pour d’autres font que les calculs et autres instincts de survie et de préservation prennent le pas sur tout le reste.
En effet, l’arrêté Ousmane Ngom brandie, par les autorités pour interdire le sit-in en centre-ville, est la preuve manifeste des limites de notre système. Un arrêté ne peut pas violer une disposition constitutionnelle. Il ne saurait aller à l’encontre de l’esprit même de celle-ci. Or, c’est ce que fait cet acte pris par cet ancien ministre libéral.
Si la confiance qui sied avait été donnée à la Justice, il y a longtemps que cet arrêté aura été attaqué pour inconstitutionnalité devant les tribunaux pour son annulation. Paradoxalement, personne n’y songe comme pour dire que ‘’cela ne changera rien’’.

Ceux qui interdisent toutes manifestations en centre-ville comme le dispose cet arrêté, savent qu’ils violent le droit élémentaire des citoyens à exprimer leur courroux, une exigence de la démocratie.

Pourtant, paradoxalement, ce même week-end, les autorités toscanes de Florence autorisaient la manifestation d’immigrés sénégalais qui manifestaient contre la mort de leur camarade Idy Diène. Et figurez-vous, c’est en pleine centre-ville, à côté du Dome, là où les touristes affluent surtout les samedis.
Ces autorités pouvaient simplement demander aux Sénégalais d’aller manifester à la périphérie de la ville. Non, tout en sachant qu’il y aura un manque à gagner important, ils ont, au nom de la démocratie, accepté que les Sénégalais s’expriment ainsi publiquement, accompagnés comme toujours en pareils cas, par des associations italiennes.

Or, le centre-ville de Florence pour ceux qui le connaissent, est un vaste marché avec des commerces partout, des restaurants de luxe et autres gros investissements. Autant de raisons pour dissuader une manifestation de ce genre d’autant plus que, la veille, les Sénégalais s’étaient négativement distingués par des actes de vandalisme.

Alors, les autorités italiennes ne peuvent pas être plus tolérantes envers les Sénégalais. Ce serait un non-sens.
La concomitance des deux évènements doit beaucoup faire réfléchir. Si nous avons fait l’objet d’être des démocrates, nous ne saurions être en marge du fonctionnement normal de ce système jugé le moins mauvais.

Si les Sénégalais établis à l’extérieur ont plus de droits dans leurs pays d’accueil qu’au Sénégal, il y a un problème fondamental qu’il faudra résoudre, rapidement.

La preuve, des pays comme le Ghana, le Bénin, l’Ile Maurice, etc. sont en train de nous rattraper et même de nous devancer en matière de respect des libertés publiques par exemple. Et cela n’est pas acceptable.

En matière de démocratie et de respect des libertés, qui n’avance pas recule. Parce que, justement, les autres avancent.

Nous avons en effet le potentiel humain et la culture nécessaire pour avancer. Il n’est pas tolérable que le jeu électoral nous empêche d’être lucides. Le pouvoir aveugle. Et l’image de notre pays est en train de souffrir de campagnes électorales permanentes de la part d’une bande de politiciens rompue à aux manœuvres et manipulations politiques.

Assane Samb