Me Khassimou Touré: « Pourquoi l’Ige est-elle laissée entre les mains d’un chef de parti…? »

« Plaider jusqu’à entrer en boîte vocale…« , semble déterminé Me Khouraychi Ba qui se dit prêt à plaider toute la journée, voire durant 5 jours.

Les avocats de Khalifa Sall sont décidés à faire libérer leur client. « Dans les années à venir, nous allons enregistrer plus de violation… », a regretté Me Khoureychi Ba.

Rappelant que, lors de l’arrestation du maire de Dakar, « le même jour où il a reçu l’ordonnance de renvoi, le même jour il a été assigné à comparaître. Nous ne sommes pas mauvais, c’est le système qui est mauvais…« , dénonce l’avocat.

« Allah n’est-il pas le plus équitable des juges?« , demande-t-il au juge Malick Lamotte. « Rendez la justice de façon équitable… Rendez la justice Me le président…« , conclut Me Bâ.

Après une pause de 2 heures de temps, l’audience a repris à 15 heures. C’est au tour de Me Khassimou Touré de prendre la parole. Pour sa part, il considère que le rôle de l’avocat est « très ingrat« . Frère de Mbaye Touré, l’avocat est revenu sur les forts liens d’amitié, de fraternité qui le lie avec ses confrères, que ce soit de la défense, comme de la partie civile, vu que sa posture dans cette affaire l’autorise à le faire.

Toutefois, il a fait certaines observations dans l’affaire Khalifa Sall. La première attrait à la saisine du juge qui, estime Me Touré, « il faut une certaine chronologie des faits » car, c’est l’IGE qui est à base de cette procédure, agissant sous les instructions du président de la République.

« Cette Inspection générale d’Etat a agi sous les ordres du président de la République du Sénégal. Ils ont tenu une réunion avec Khalifa Sall avant de revenir, quelques mois après… Ils cherchaient la petite bête…« , renchérit-il non sans préciser qu’après avoir fait leur travail, ils ont fait quelques recommandations (… ) avant de demander au président d’ouvrir une information judiciaire sur le fonctionnement des fonds.

La seconde observation, selon lui, attrait au « levier qui porte sur la cible« . « Les autres mairies n’ont pas été inquiétées (…) C’est Khalifa A. Sall qui était visé… Le président a dit que : j’ai mis sous le coude certains dossiers… Mais le dossier de Khalifa Sall n’a pas été mis sous le coude… Il a saisi le garde des sceaux« , poursuit-il.

« Je ne comprends pas qu’un corps de contrôle soit laissé entre les mains d’un chef de parti… » qui, selon l’avocat, pour mettre les bâtons dans les roues à un adversaire, peut en user comme bon lui semble. Il demande que l’Ige soit délogée de l’autorité du président de la République…

La troisième observation de Me Touré, l’ordonnance de renvoi ou de règlement qui, selon lui, est atteint d’une « cécité aveuglante… » Une ordonnance qui s’est empressée de parler de la constitution de partie civile de l’Etat, le changement de statut de Khalifa Sall. Il estime qu’au moment où nous parlons, l’immunité parlementaire de Khalifa Sall n’a pas été levée. Un autre aspect, lorsqu’une ordonnance de non lieu partiel a été relevée.

A celui qu’il qualifie d’agent « fiduciaire de l’Etat« , il dit qu’il devient « trop encombrant« . « Vous en faite trop parce que vous avez l’habitude de battre monnaie…« , a-t-il ironisé.

Une plaidoirie qui en dit long avec ses liens avec le co-prévenu de Khalifa Sall, en occurrence Mbaye Touré à qui il demande de rester fort. « Plus que dans le passé, nous sommes avec toi (…)« , s’adresse-t-il à son frère à qui il a tenu à rassurer que sa famille ne va pas le lâcher car Khalifa et lui ont le même destin.
Khalil Kamara
BHS USA