FAUX DOCTEURS – Onze personnes, dont deux responsables du «Groupe Afrique-Santé», en garde à vue à la police de Malika

L’OBS – Saisis d’un soit-transmis du Procureur, les limiers de Malika ont procédé à une série d’arrestations de responsables et d’employés du «Groupe Afrique-Santé», accusés d’exercice illégal de médecine. Au nombre de onze, ils sont placés en garde à vue. L’édile de la localité est attendu ce lundi à la police, pour audition.

Coup de tonnerre à Malika où jusqu’ici, personne ne se doutait du caractère illégal des activités de l’Ong «Groupe Afrique-Santé», qui avait fini par suppléer les postes de santé, éparpillés dans cette lointaine commune de la banlieue. Depuis quelques semaines à Malika, les populations ne se pressaient plus pour aller se faire soigner dans les structures de santé locales. Et pour cause, c’est auprès des «médecins» du «Groupe Afrique-Santé» que les malades allaient se faire consulter. Des «médecins» qui ont pu bénéficier de l’appui de la mairie, pour disposer d’un local, mais également pour «rabattre» les malades, après une large publicité faite à partir d’un véhicule qui, peu avant l’implantation de ladite Ong, a sillonné la commune avec un haut-parleur, pour inviter les populations à se rapprocher des «médecins» de ce Groupe, pour leurs besoins en soins. Selon des malades qui se sont confiés à l’Observateur, documents à l’appui, «les consultations facturées à 750 FCfa, portaient, entre autres, sur des maladies cérébrales, sur la fonction gastro-intestinale, la fonction sexuelle masculine, l’analyse du sperme…»

Le hic, c’est qu’après consultations, les médicaments prescrits, dont des antioxydants, ne pouvaient être trouvés nulle part ailleurs qu’à la pharmacie gérée par le «Groupe Afrique-Santé». En d’autres termes, aucune pharmacie dans le pays ne disposait des médicaments prescrits. Cette méthode peu familière dans la pratique de la médecine au Sénégal a suscité bien des interrogations à Malika, où des individus, sous le couvert de l’anonymat, ont fini par saisir le parquet. Jeudi dernier, vers 11H30, les limiers de Malika, saisis d’un soit-transmit du Procureur de la République, ont déclenché une opération de démantèlement des installations du «Groupe Afrique-Santé». Les investigations se sont soldées par l’arrestation de deux responsables dont un certain M. Joseph et de neuf employés, (Ndèye Fatou S. Awa B. Diakhou S. Aïda S. Mame Awa D. Awa C. Rokhaya S. Sakhourate F. Mamadou Laye G.), des vendeurs de médicaments pour le compte de «Afrique-Santé». Pour la plupart des filles, dont certaines ont été recrutées à la suite d’une recommandation de gros bonnets, les interpellés ont été immédiatement placés en garde à vue.

Le maire attendu à la police

Hier, une source proche de cette affaire a informé du report de l’audition du maire de la localité, M. Talla Gadiaga, attendu au commissariat de Malika. Toutefois, les questions foisonnent et demeurent sans réponses à Malika. «Afrique-Santé» qui se dit spécialisé dans la «médecine naturelle», avait-il l’autorisation de s’implanter dans les communes de la banlieue ? Pourquoi «Afrique-Santé», a-t-il été chassé de Fass-Mbao par la police, dans un passé récent ? Selon un spécialiste, cette affaire devrait aider à alerter sur l’envahissement du Sénégal par des produits dits «naturels» et dont on ne peut assurer l’exacte contribution à la santé des populations ni mesurer les conséquences néfastes qu’ils pourraient engendrer. En attendant, la police poursuit son enquête

ALASSANE HANNE